Réchauffement climatique, épuisement des ressources et marché
Ah, le réchauffement climatique !...
Voilà qu’il fait polémique et que la controverse enfle dans certains milieux scientifiques, où il semblerait que la menace de la pensée unique plane comme ailleurs. Voilà d’ardents contradicteurs des conclusions émises par le GIEC[1], reprenant certaines mesures et contestant leur validité, tout en dénonçant l’ostracisme dont leurs propres recherches feraient l’objet. Tout cela, en France, sur fond de documentaire aux images magnifiques – on dirait un publi-reportage – sponsorisé par un des géants du luxe. Home venant après le hit américain d’Al Gore, intitulé An Inconvenient Truth et sorti en 2006.
Les scientifiques se basent sur des hypothèses pour tenter de prévoir demain à partir des faits survenus hier. Sur ce plan, rien de neuf sous le soleil, le risque d’erreur existe forcément. Quant à moi, je suis bien incapable de trancher, ignare que je suis. Il me faudrait un temps d’étude que je n’ai pas à consacrer à ce sujet, ne serait-ce que pour comprendre les arguments des uns et des autres.
Mais passons aux fossiles…
En revanche, ce que je sais, et qui est bien souvent mélangé au thème du réchauffement climatique, c’est que les ressources terrestres ne sont pas infinies, et que certaines sont mêmes à ce point finies, qu’elles seront éteintes avant moi, ou au mieux (!) avant nos enfants.
Ce que je sais aussi, c’est que la machine qui commence à se mettre en place sous couvert de modifier nos comportements est à coup sûr la prochaine bulle financière, et éventuellement une arme géopolitique dévastatrice.
De quoi s’agit-il ? De droits d’émission de CO2, et de la naissance d’un marché où l’on peut acheter et vendre ces droits. Pourquoi un tel marché ? Parce que les États commencent à converger vers l’idée qu’il faut limiter la pollution due aux énergies fossiles, pétrole, gaz ou charbon. Et que des normes vont être imposées aux industriels, et pas seulement aux constructeurs automobiles, comme ce sera le cas dès 2012 dans l’Union Européenne.
Mais, si certaines entreprises s’adapteront vite, d’autres mettront plus de temps, parce que ce sera plus difficile dans leur métier, ou parce qu’elles n’en feront pas une priorité immédiate. Alors, pourquoi ne pas mettre en place des "droits de tirage", pour permettre aux plus polluantes de disposer des quotas non utilisés par d’autres ?
Voilà comment naît un marché, déjà baptisé du beau nom de droits à polluer. Qui dit marché dit intermédiaires, qui enregistrent les transactions, publient des prix et animent le flot des transactions entre acheteurs et vendeurs. Un marché merveilleux, car voué à une hausse certaine, puisque les normes iront en se durcissant, et que les quantités à échanger devraient par conséquent aller en se raréfiant… Ce marché existe déjà, il est balbutiant, mais n’attend qu’un coup de pouce : l’édiction de normes sous forme de quotas d’émission de CO2.
Il y a quelques grains de sable dans cette machine.
Le premier, évident, c’est qu’un jour – mais si, mais si, necessity is mother of invention – il n’y aura plus de besoin d’échanger ces quantités, et qu’alors, le marché s’effondrera, entraînant, comme toujours, les derniers à s’être rués dessus dans l’abîme… Des individus non initiés, qui auront placé là leurs économies, conseillés comme il se doit. Mais cet écueil là est lointain.
Avant, il y a l’impact sur la concurrence, entre sociétés suffisamment riches pour acheter des droits à polluer, et attendre le bon moment pour reconvertir leur outil industriel ; et entreprises moins bien loties, qui se verront contraintes de subventionner les précédentes. Et ceci, sans égard pour la relative difficulté à opérer la conversion vers des énergies renouvelables, selon le métier, la solidité financière, l’environnement socio-économique. Et donc sans égard pour le risque en termes de mutation brutale sur le marché du travail, en clair en termes de chômage. Sans égard non plus pour la différence de richesse et d’environnement légal, d’un pays à l’autre.
Et avant encore, il y a le fait que ces droits représentent de l’argent dont les États pourraient faire bon usage, en aidant une conversion efficace et qui ne nuise pas au facteur humain. Mais il faudrait pour cela, instaurer un système de quotas adapté au profil des entreprises selon leur activité et selon leur bonne volonté à évoluer. Il faudrait instaurer un environnement stable, qui permette une évolution vertueuse sans trop de heurts. Cela demanderait plus de transparence et un organe de régulation sourcilleux. Tout à fait utopiste, me direz-vous ? Vraiment ?
C’est pourtant ce que l’Union Européenne avait réussi avec la Politique Agricole Commune, pendant des décennies, avant de se plier aux fourches caudines des "prix mondiaux", qui n’ont pourtant pas grand-chose à voir avec le prix de mon kilo de farine ou de mon litre de lait…
Là encore, il s’agit d’un choix de société. L’épuisement des ressources fossiles est un problème grave et il y a urgence à lui trouver une solution. On peut se fier encore et encore au dieu Marché et à sa main, invisible et aveugle. Ou bien, on peut décider de sacraliser l’humain, le mettre au centre d’une certaine idée de la civilisation, et s’en servir de boussole pour prendre des décisions lourdes de conséquences pour demain.